Les photos de Jeannine ont quitté son vieux téléphone sans rien perdre
Nathalie Colin
5 minutes de lecture
Jeannine voulait changer de smartphone sans laisser derrière elle dix ans de photos. Voici, étape par étape, comment sa sauvegarde s'est déroulée un après-midi d'automne.

Un téléphone qui s'essouffle et une peur tenace
Jeannine nous a écrit à la fin de l'été. Son téléphone affichait chaque jour le message « stockage plein », il s'éteignait au milieu d'une photo, et sa fille lui avait offert un appareil neuf qui attendait dans son emballage depuis trois semaines. Elle n'osait pas y toucher. Dans l'ancien téléphone dormaient les petits-enfants au bord de la Meuse, le jardin de son mari disparu et des centaines de clichés qu'elle n'avait jamais revus.
Quand elle a poussé la porte de notre local à Dinant, elle tenait le téléphone serré dans les deux mains, comme on porte un objet fragile. Sa phrase d'entrée m'est restée : « Je ne veux pas que tout s'efface en changeant. » Je lui ai répondu que rien ne s'effacerait, à une condition : que nous avancions lentement, une étape à la fois, et que nous ne supprimions rien avant d'avoir vérifié la copie.
Choisir où copier avant de toucher à quoi que ce soit
Avant de brancher le moindre câble, nous avons parlé de destination. Jeannine possédait un ordinateur portable vieillissant, une clé USB offerte lors d'un salon et aucun espace en ligne. Je lui ai expliqué que le plus sûr n'est pas un lieu unique, mais deux copies à deux endroits différents. Elle a choisi l'ordinateur pour la copie principale et la clé pour la seconde, ce qui lui convenait parce qu'elle pouvait les tenir dans la main.
Nous avons ensuite créé ensemble un dossier nommé « Photos 2015-2026 », avec un sous-dossier par année. Ce geste paraît minuscule, pourtant c'est lui qui rend la suite facile : un nom clair, écrit par vous, vaut mieux que cent noms automatiques. Jeannine a noté le nom du dossier sur un papier qu'elle a glissé dans sa boîte à biscuits, à côté de ses autres documents importants.
- Une copie sur l'ordinateur, une seconde sur une clé USB
- Un dossier par année, avec un nom que vous comprenez
- Le nom du dossier noté sur papier, rangé avec vos documents
Le transfert, câble en main, sans se presser
Nous avons branché le téléphone à l'ordinateur avec son câble, puis accepté la demande d'accès qui apparaît sur l'écran du téléphone. Jeannine a eu un instant d'hésitation devant cette fenêtre. Je lui ai rappelé qu'elle autorisait seulement la lecture de ses photos, et rien d'autre. Les images sont alors apparues dans l'ordinateur, par centaines, et elle a reconnu le premier cliché avec un petit rire.
Nous avons copié, et non déplacé, les photos année par année. La différence compte : une copie laisse l'original en place, un déplacement le retire. Le transfert a duré une quarantaine de minutes, le temps de prendre un café et de regarder défiler quelques souvenirs. Chaque fois qu'un lot était terminé, nous cochions l'année sur une feuille, pour ne jamais nous demander plus tard ce qui avait déjà été copié.
Vérifier que la copie est bien là
C'est l'étape que presque tout le monde saute, et c'est la plus rassurante. Nous avons ouvert le dossier de l'ordinateur et comparé le nombre de fichiers avec celui du téléphone, année après année. Puis nous avons ouvert au hasard une dizaine de photos, dont des vidéos, pour être certaines qu'elles s'affichaient correctement, et pas seulement qu'elles existaient sous forme de petites vignettes grises.
Jeannine a ensuite copié le dossier entier sur la clé USB. Nous avons débranché la clé, puis nous l'avons rebranchée pour vérifier qu'elle contenait bien tout. Ce second contrôle lui a plu : elle a dit qu'elle dormirait mieux en sachant que les deux copies existaient vraiment. Ce n'est qu'à ce moment, et pas avant, que nous avons parlé de libérer de la place sur l'ancien téléphone.
- Comparer le nombre de fichiers, année par année
- Ouvrir une dizaine de photos et au moins une vidéo
- Débrancher puis rebrancher la clé pour la relire
Ce que Jeannine fait désormais chaque saison
Avant de repartir, Jeannine a posé une question simple : comment éviter de revivre cette angoisse dans cinq ans ? Nous avons convenu d'une habitude légère, liée à un moment qu'elle ne manque jamais, le changement d'heure d'automne et celui du printemps. Deux fois par an, elle branche son téléphone, copie les nouvelles photos dans le dossier de l'année en cours, vérifie, puis range la clé à sa place.
Elle a aussi pris l'habitude de ne jamais publier une photo de famille sans savoir qui peut la voir, mais c'est un autre sujet, que Nathalie et l'équipe abordent dans nos guides sur les albums privés. Pour la sauvegarde, tout tient à cette régularité douce. Trois semaines plus tard, elle nous a envoyé une carte postale : le nouveau téléphone était sorti de sa boîte, et les photos de ses petits-enfants s'y trouvaient déjà.
L'histoire de Jeannine n'a rien de spectaculaire, et c'est tout son intérêt : un dossier bien nommé, deux copies, une vérification et un rendez-vous deux fois par an suffisent à tenir dix ans de souvenirs en sécurité. Si vous hésitez devant un téléphone neuf qui attend dans son emballage, prenez le temps d'un après-midi. Rien ne presse, sinon l'envie de ne rien perdre.
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