Dans les coulisses d'un livre photo imprimé, de la sélection à l'envoi
Marie Delvaux
6 minutes de lecture
Marie Delvaux raconte comment elle prépare, avec les familles, le choix des images et la mise en page d'un livre photo destiné à l'impression, étape après étape.

Un livre commence toujours par un dossier vide
Quand une famille me confie son projet de livre photo, nous ne commençons jamais par la mise en page. Nous créons d'abord un dossier vide, sur l'ordinateur ou sur la clé USB, que nous nommons simplement du titre du futur livre. Ce geste paraît modeste, mais il change tout : les photos retenues ne seront plus mélangées aux milliers d'autres images du téléphone.
Je demande ensuite à la personne de me dire, en une phrase, ce que le livre doit raconter. Un voyage en Ardenne, les quatre-vingts ans d'un grand-père, les vacances de l'été dernier. Cette phrase sert de boussole pendant tout le travail. Quand une photo hésite entre deux piles, nous relisons la phrase et la réponse vient presque toujours seule.
Ce travail se fait à la table, sans hâte, avec une tasse de café. En ces semaines d'automne, beaucoup de personnes profitent des soirées plus longues pour s'y mettre, et c'est un bon moment : les souvenirs de l'été sont encore frais, et personne n'est pressé par une date d'anniversaire.
Choisir les images : la méthode des trois piles
Pour la sélection, j'utilise toujours trois piles, qu'elles soient réelles sur la table ou virtuelles dans des sous-dossiers : « oui », « peut-être » et « non ». Chaque photo n'est regardée qu'une fois. Si l'on hésite plus de quelques secondes, elle va dans « peut-être ». Cette règle évite de s'épuiser sur des images qui se ressemblent.
Une fois la première passe terminée, on laisse reposer la pile « oui » un jour ou deux. Le lendemain, on la parcourt à nouveau et l'on retire encore un quart des images, parfois plus. Les livres les plus agréables à feuilleter sont rarement ceux qui contiennent le plus de photos, mais ceux où chaque page respire.
Je conseille aussi de garder une image forte pour ouvrir le livre et une image calme pour le refermer. Ce n'est pas une règle de métier, juste une habitude qui donne au livre un début et une fin, comme un récit que l'on raconte à voix haute.
- Une seule lecture par photo à la première passe
- Retirer les images quasi identiques, n'en garder qu'une
- Laisser reposer la sélection avant de la valider
Vérifier la qualité avant de penser à l'impression
Une photo belle à l'écran du téléphone ne l'est pas forcément sur papier. Avant toute mise en page, nous ouvrons chaque image retenue en grand et nous regardons si elle est nette, bien cadrée et suffisamment lourde. Une image reçue par messagerie a souvent été réduite : elle paraît correcte sur un petit écran, mais devient floue une fois imprimée sur une pleine page.
C'est pourquoi je demande toujours de retrouver, quand c'est possible, la version d'origine, celle qui est restée dans la galerie du téléphone ou dans la sauvegarde. Thierry Lambert, mon collègue, prépare pour cela des consignes simples afin de repérer la bonne copie parmi plusieurs.
Pour les anciennes photos numérisées, nous acceptons un peu de grain : il fait partie du charme. En revanche, une image très sombre ou très pâle mérite qu'on la remplace, ou qu'on la place en petit format, sur une page où elle n'est pas seule.
Ordonner les pages pour qu'elles racontent quelque chose
Une fois les images choisies, nous les classons dans l'ordre du récit, pas forcément dans l'ordre des dates. Un livre sur une famille peut suivre les personnes plutôt que les années. Je fais d'abord un plan sur une simple feuille de papier : une ligne par double page, avec trois ou quatre mots pour dire ce qu'elle contient.
Ce plan permet de voir tout de suite les déséquilibres. Trop de paysages à la suite, un visage absent, une longue série de repas de fête. On déplace, on équilibre, on supprime. Il est beaucoup plus facile de corriger une feuille de papier que de refaire une mise en page déjà avancée.
Les légendes demandent aussi un peu d'attention. Un prénom, un lieu et une année suffisent le plus souvent. Elles aideront dans vingt ans quelqu'un qui n'a pas connu la scène, et c'est souvent à ce lecteur-là que les familles pensent sans le dire.
- Un plan sur papier avant la mise en page
- Alterner les plans larges et les portraits
- Légender avec un prénom, un lieu et une année
Préparer les fichiers pour une impression en Belgique
Les services d'impression de livres photo en Belgique proposent en général leur propre outil de mise en page, que l'on utilise depuis un navigateur. Notre rôle n'est pas de le remplacer, mais de vous arriver avec un dossier prêt : images triées, nommées dans l'ordre, légendes écrites dans un petit document à part.
Je recommande de vérifier trois choses avant d'envoyer quoi que ce soit : l'orientation des photos, qui se perd parfois d'un appareil à l'autre, l'absence de doublons dans le dossier, et la présence de la version d'origine de chaque image. Ces contrôles prennent un quart d'heure et évitent bien des mauvaises surprises à la réception du livre.
Enfin, conservez une copie complète du dossier du livre sur une clé USB ou dans votre sauvegarde. Si vous souhaitez un jour refaire le livre en plus petit pour un cousin, tout sera déjà prêt, rangé, et vous n'aurez pas à recommencer.
Relire à voix haute, puis laisser partir le livre
Avant de valider, je relis toujours le livre page par page, à voix haute, avec la personne concernée. C'est le moment où l'on remarque une légende fausse, un prénom mal orthographié, une photo qui n'aurait pas dû être là. Lire à voix haute ralentit le regard et fait apparaître ce que l'œil rapide laisse passer.
J'invite aussi à se demander, pour chaque image, si toutes les personnes qui y figurent seraient heureuses de la voir dans un livre qui circulera dans la famille. C'est une question de discrétion, qui compte beaucoup pour nous, et qui prend deux minutes.
Quand tout est vérifié, on valide, on respire, et l'on attend le colis. Il reste ensuite un plaisir simple : ouvrir le livre à plusieurs, sur la table, et regarder ce que des centaines de photos éparpillées sont devenues.
Préparer un livre photo, c'est surtout apprendre à décider calmement : un dossier à part, trois piles, un plan sur papier, une relecture à voix haute. Aucune de ces étapes ne demande de matériel particulier, seulement un peu de patience. Si vous retenez une seule habitude, gardez celle du dossier dédié, car elle protège vos photos d'origine et rend le prochain livre bien plus facile à préparer.
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